L’aventure de L’Anthropologie pour tous a commencé le 18 novembre 2014. Ce jour-là, nous avions invité l’anthropologue et préhistorien Jean-Loïc Le Quellec au lycée Le Corbusier d’Aubervilliers, dans le cadre du projet Thélème, ouvert aux élèves volontaires désireux d’enrichir leur culture générale en plus des enseignements académiques. Interrogeant les élèves sur les mythes racontés dans leurs familles, Jean-Loïc Le Quellec leur a montré combien ces récits qu’ils croyaient anodins ou parfois farfelus, ces histoires qu’on leur racontait pour leur faire peur quand ils étaient petits, se ressemblaient souvent, et que leurs occurrences géographiques pouvaient même être cartographiées. Les élèves ont compris empiriquement la pertinence et l’intérêt du comparatisme en mythologie. Chacun a alors recueilli certains mythes de ses ancêtres : les élèves ont pris en note le récit de leurs parents et grands-parents, ont enregistré ou filmé ces derniers. Le site du Projet Thélème s’est enrichi peu à peu de ce répertoire des mythes.

Un mois plus tard, nous avons été invités par le Conseil Économique, Social et Environnemental pour participer à la saisine « Pour une école de la réussite pour tous », coordonnée par Marie-Aleth Grard. Les élèves du projet Thélème ont été auditionnés le 17 février 2015. Parmi les trois propositions qui organisaient leur intervention, l’une était intitulée « cultures de tous, culture pour tous ». Cette proposition n’est pas celle d’un relativisme culturel, encore moins le ferment multiculturaliste de la juxtaposition des ghettos. Mais au lieu de s’installer dans le dogmatisme scientiste d’une raison occidentale certaine de ses représentations, de ses croyances et de ses valeurs, mieux vaudrait accepter la position – seule intellectuellement conséquente  – d’un comparatisme informé. On doit pouvoir admettre toutes les croyances en se réservant le droit de les combattre. On doit pouvoir continuer d’affirmer que la société française s’organise en fonction des valeurs auxquelles elle croit (celles que précisent la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et le Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946), sans pour autant traiter par un silence méprisant les autres systèmes de représentation. 

Après la réception au CESE, et parce que l’effervescence souvent brouillonne voire irrationnelle des débats de l’après 11 janvier nous paraissait un facteur de pénible confusion, nous avons éprouvé la nécessité d’entendre les savants qui, chacun dans leur domaine, étudient et comparent les cultures. Nous avons donc décidé d’organiser un colloque au théâtre de La Commune, et nous avons intitulé ce colloque « L’Anthropologie pour tous ». Nous avons travaillé pendant trois mois pour organiser la tenue de ce colloque. Les élèves ont préparé des saynètes ethnographiques présentant les analyses comparatistes nées de leurs observations, ainsi que les récits des mythes racontés dans leurs cultures d’origine. Avec leurs professeurs, ils ont étudié les textes des sociologues, mythologues et anthropologues invités au colloque et qui avaient tous accepté, avec un enthousiasme exaltant, de participer à cette aventure inédite. Les élèves se sont partagé les interventions et les présentations.

Le 6 juin 2015, La Commune a accueilli deux cent cinquante spectateurs. Les élèves du projet Thélème avaient organisé la journée, préparé le repas autant que leurs interventions. Bernard Lahire, Maurice Godelier, Joël Candau, Bernard Sergent, Philippe Descola, Barbara Cassin, Stéphane François, Chantal Deltenre, Fabien Truong, Christian Baudelot et Jean-Loïc Le Quellec ont répondu aux questions des élèves. Françoise Héritier, qui ne pouvait être des nôtres, nous avait accordé un long entretien qui avait également participé à alimenter nos analyses et à enrichir notre compréhension. Les interventions des invités de ce colloque ont dessiné les conditions d’un enseignement renouvelé et accru des sciences humaines et sociales à l’école, dès le primaire.

Loin d’être un terrain de discorde et l’outil armant les séditieux, l’anthropologie et les sciences sociales sont le moyen d’un dialogue pacifique. Les sciences de l’homme examinent les écarts culturels et sociaux entre les représentations ; elles s’intéressent aux différences ; elles considèrent l’autre, en offrant intérêt et valeur à ses récits. Leur valeur pédagogique est très grande. Nous en avons fait l’expérience au lycée Le Corbusier d’Aubervilliers et l’association L’Anthropologie pour tous a été constituée pour en montrer l’intérêt.

 

Pour que les élèves apprennent à se familiariser avec les démarches des sciences de l’enquête, il faut qu’ils apprennent à recueillir et à analyser leurs objets. Savants et chercheurs sont des partenaires indispensables pour cela. Ils sont les mieux à même de guider les travaux menés dans les établissements scolaires, tentés par l’expérience d’une découverte active des richesses et de la diversité des représentations et des comportements humains.

 

En nous inspirant de ce que La Main à la pâte a accompli dans le domaine des sciences et des technologies, nous souhaitons proposer un laboratoire d’initiation aux sciences humaines, qui associe élèves, enseignants, parents, intellectuels et savants, pour leur permettre de mener ensemble un travail citoyen d’écoute de l’autre, de délibération et de réflexion.

Après Comment vivre ensemble quand on ne vit pas pareil ?, ouvrage publié en mai 2016 aux éditions la ville brûle, L'Anthropologie pour tous mène l'enquête et publie régulièrement ses travaux. Ils sont en ligne sur ce site.

 

Christian Baudelot, sociologue, Jean-Loïc Le Quellec, préhistorien et anthropologue et Nicolas Grimal, égyptologue, président le comité de soutien de L’Anthropologie pour tous. Ils accompagnent cette nouvelle aventure intellectuelle et pédagogique depuis ses débuts. Les travaux de L'Anthropologie pour tous sont organisés, depuis le lycée Le Corbusier d'Aubervilliers, par Isabelle Richer, Valérie Louys et Catherine Robert. Pour joindre l'équipe, cliquez ICI.

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