FORMATION OLO

AU LYCEE LE CORBUSIER

PLAN D'ANIMATION 2017-2018

À l'école de l'enquête :

éduquer à la citoyenneté par les sciences humaines

6 novembre : première journée

Vous avez participé à la première journée de formation du stage "A l'école de l'enquête", organisée au lycée Le Corbusier d'Aubervilliers le 6 novembre 2017. Merci à vous ! Nous sommes très heureux d'avoir passé cette journée avec vous et nous espérons qu'elle vous a été profitable.
Pour en améliorer l'organisation et aussi pour vous présenter le formulaire d'une enquête possible, nous avons rédigé ce rapide questionnaire d'évaluation : merci d'y répondre si vous en avez le temps et de le faire en toute liberté ! L'anonymat est strictement garanti. Nous utiliserons les résultats de ce questionnaire lors de la prochaine séance, le 9 janvier 2018, afin de vous présenter concrètement quelques outils de collecte et d'analyse.

Formation oLo 6 novembre 2017 : les projets d’enquêtes

 

 

Projets Petits Débrouillards : abécédaire (à Aubervilliers, avec une enseignante de primaire), autobiographie, carte d’identité (avec un collège à Montreuil), + enquêtes sur les Petits Débrouillards eux-mêmes. Une vingtaine d’heures à chaque fois.

 

Jeff Buche

Lettres - collège Henri-Wallon, Aubervilliers

thème : l'identification, le modèle, l'idole, le héros.

groupe : classe de 4ème

enquêtés :  les élèves vont interroger les parents d'autres élèves.

 

Remarque de Christian : pour chaque projet, il faut un produit final exporté hors de la classe.

 

Brett Le Saint

Assistant d'éducation et doctorant en anthropologie - lycée Auguste-Blanqui, Saint-Ouen

groupe : élèves volontaires (4), 1h30 par semaine.

thème : choisi avec les élèves. A priori, l’orientation, le processus technique et les présupposés sociaux en jeu.

enquêtés : les élèves et les acteurs (adultes) du processus de l'orientation.

 

Florence Saint-Alme

Documentaliste - lycée Auguste-Blanqui, Saint-Ouen.

thème : pas encore.

groupe : TPE, avec des collègues de SES et HG.

 

Frédéric Gouffier

HG - lycée Auguste-Blanqui, Saint-Ouen.

thème : le rapport des jeunes au fleuve (la Seine en l’occurrence).

groupe : classe de seconde.

Partenariat avec un lycée à Montpellier (qui coordonne) et deux lycées au Québec, qui enquêtent sur le même thème.

 

Karine Darjo

CPE - lycée Auguste-Blanqui, Saint-Ouen.

thèmes : trop !

Volonté d'impliquer les élèves dans la vie lycéenne.

 

Adrian Cossik

SES - lycée Paul-Eluard, Saint-Denis

thème (au programme de SES) : la richesse. Chercher, dans la bouche des proches des élèves, des proverbes, dictons, sourates sur la richesse, la pauvreté. Aucune réponse religieuse pour l'instant, des proverbes calligraphiés superbement au tableau, d’une quinzaine d'origines. Apports pédagogiques énormes et liens avec la famille.

groupe : classe de seconde

production : des tableaux.

 

Samuel Zaoui, Emilie Sauguet, Anne Le Marrec

SES - lycée Paul-Eluard, Saint-Denis

Projet de laboratoire de sciences sociales

groupe : surtout des terminales, créneau de midi.

thème : s'inspirer de Voyage de classe, sur la ligne 13. Observation du corps dans le métro : corps de personnes âgées, corps de femmes, corps d'hommes et corps en contact.

 

Caroline Renson

lycée Condorcet, Montreuil

thème 1 : enquête sur les théories du complot avec un journaliste et une dramaturge.

production : peut-être un film.

thème 2 : les représentations du monde des médias.

groupe : classe de seconde.

thème 3 : identité

production a : participation au concours L'Europe dans 30 ans (Maison Jean Monnet).

enquêtés : les élèves, interrogés sur qui ils sont.

production b : écriture à partir d’un roman sur un joueur de foot immigré et un épisode rue Bara à Montreuil.

groupe : BTS ? ou un autre projet ?

Faire venir un spectacle, Pays de malheur en travaillant sur l'autobiographie.

 

Remarque de Catherine : prendre garde aux sujets d'enquête malheureux. Par ailleurs, la question de l'identité est complexe... Voir Truong.

Remarque des collègues : la thématique « identité et diversité » est au programme en terminale pro.

Remarque de Christian : nécessité de prendre un détour (les prénoms, c'en est un).

 

Sahra Allal et Gautier Tolini

SVT - collège Paul-Bert, Drancy.

thème : alimentation, à préciser, en croisant SVT et HG. En lien avec les inégalités sociales de santé

groupe : classe de 6e.

observation au magasin Carrefour voisin (prix, types de produits).

 

Marine Pierret

CPE - collège Jean-Vigo, Epinay-sur-Seine.

Projet en cours d'élaboration dans le cadre du CVC.

 

Pap Samba Dione

Techno - collège Jean-Moulin, Chevilly-Larue

thème : Pourquoi fait-on des sciences ? Quelle vision les élèves en ont-ils ?

 

Raphaël Giromini

Maths, lycée Le Corbusier, Aubervilliers

thème 1 : outils mathématiques pour faire des statistiques.

thème 2 : l'orientation : la filière est-elle choisie ou subie ? Quelle implication des parents dans l’orientation ?

groupe : terminales

 

Joëlle Soissons

Documentaliste - collège Paul-Eluard, Montreuil.

Cherche des collègues. Et un créneau.

 

Audrey Chanier

Lettres HG - lycée de l’Assomption, Bondy.

thème : amitié dans les maisons de retraite. Remarque Catherine : les chansons ?

groupe : 15 élèves

production : carnets d'ethnographie sur lieu de stage dans le secteur sanitaire et social. Collage sur les représentations qu'ils ont du métier d'ethnographe. Puis éthique des métiers du soin. Notes, dessins, enregistrements.

Avec Patrick Bonneteau. Partenariat avec les étudiants de Paris 1 doctorants, parrains de 15 élèves. 

 

Anne Fave

Lettres HG - lycée de l’Assomption, Bondy.

Lien nécessaire avec la formation professionnelle des élèves.

groupe : classe de seconde design d'espace.

thème 1 : lecture. Atelier coussins avec les livres préférés ; convaincre les autres ; se dessiner dans les postures préférées pour lire.

Questionnaire.

production : installer une caravane à livres

thème 2 : identité et altérité

groupe : une terminale

Atelier philo (discussion) sur les thèmes de l’identité et de l’altérité.

 

Adjagbe Assani

HG - collège Gabriel-Péri, Aubervilliers.

thème : les Chibanis. Parler en même temps de l'immigration.

groupe : une classe de 4e. Avec une collègue de lettres.

Pbs méthodologiques pour transcrire des entretiens et faires des analyses avec les 4e. Vient chercher des outils.

 

Amandine Costes et Christelle Lancrerot-Valton (abs)

CPE - lycée Paul-Eluard, Saint-Denis.

groupe : formation des délégués de seconde.

Projet : un film (projet à préciser).

 

Fabienne Nenez et Chantal Lacoste

Arts plastiques et HG - collège Cassin, Noisy-le-Sec.

480 élèves en 18 classes. Réfléchir à la question de l’hospitalité. En quête d’outils. Usage du collège / problème de l’état des toilettes ; organiser des visites du collège. Happening anthropologique (je ne m’appelle pas ; ce sont les autres qui m’appellent).

 

Salima Ayad

SES - lycée Condorcet, La Varenne Saint-Hilaire.

thème : qu'est-ce qu'un étranger ?

Rq Isabelle : ou plutôt sur l'hospitalité. Qui est-ce que tu invites chez toi ? Jllq : où dans la maison ? Qu'est-ce qu’on partage à ce moment-là ? etc.

Introduction - Jean-Loïc Le Quellec
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Religion et mythologie - Jean-Loïc Le Quellec
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introduction - Christian Baudelot
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texte original ICI

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texte original ICI et ICI

La traduction française du livre fondateur de Tylor Primitive Culture (1971) a été publiée dès 1873. On peut le télécharger et le lire en traduction française en cliquant sur les couvertures ci-contre.

Pour s’initier à James Frazer, lire Le Folklore dans l’Ancien Testament dont une version abrégée et allégée (700 pages quand même) est à lire dans sa version en français ci-contre, en cliquant sur la couverture. Le principe en est simple : Frazer y reprend chaque motif de la Genèse biblique et fait un tour du monde pour trouver ses homologues dans toutes les cultures connues à son époque : ça relativise !


Sur ces auteurs, voici trois notices extraites du Dictionnaire critique de mythologie :


Brosses, Charles de, 1709 - 1777
Magistrat français, né à Dijon, mort à Paris. Ami d’enfance de Buffon, et devenu premier président au parlement de Bourgogne, il trouva cependant le temps de réaliser des travaux fort divers qui le firent connaître en tant qu’historien, archéologue, géographe et linguiste : on lui doit ainsi la formation des termes «Austrasie» et «Polynésie» (1756). Dans le second tome de son Histoire des navigations aux terres australes (1756, ii : 317), publiée sur les instances de Buffon, apparaît déjà son intérêt pour le Fétichisme, dont il ébauche alors la théorie. Membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, il y fait scandale par la lecture, l’année suivante, d’une dissertation sur les «dieux fétiches» où il développe ses thèses, mais dont l’édition dans les Mémoires de l’Académie semble impossible. Comprenant ce que son texte pouvait avoir de choquant pour le clergé catholique et les jansénistes siégeant à l’Académie, Charles de Brosses le transmet à Diderot qui l’approuve et lui signale la parution de l’ouvrage que vient tout juste de publier David Hume : The natural History of religion. Le livre d’Helvétius De l’Esprit ayant été brûlé publiquement en 1758, de Brosses jugea plus prudent de faire imprimer son propre ouvrage anonymement à Genève (1760), en prenant soin de ne pas mentionner de lieu d’édition. Dans ce court mémoire, il se révèle, à la suite de Fontenelle, comme un précurseur de l’école anthropologique, particulièrement lorsqu’il affirme : «En général, il n’y a pas de meilleure méthode pour percer les voiles des points de l’Antiquité peu connus que d’observer s’il n’arrive pas encore quelque part sous nos yeux quelque chose d’à peu près pareil» (1760 : 14). Appliquant cette maxime à l’Antiquité égyptienne, il tente donc d’expliquer les représentations de divinités connues à son époque en les rapportant au «fétichisme» africain. Bien que, tout comme Fontenelle, il s’abstienne prudemment d’étudier de la sorte les croyances chrétiennes, il ne se rend pas moins coupable, aux yeux de ses contemporains, de la propagation d’une idée scandaleuse : que les cultes des peuples «sauvages», matérialistes en apparence, sont
en réalité spiritualistes, et qu’il est donc légitime de les comparer à ceux des civilisés. Cette idée venait avant son heure et sombra dans l’oubli jusqu’au XIXe s., où Tylor, fortement influencé par Ch. de Brosses, put écrire (1871, i : 584), sans être autrement inquiété, que «la théorie de l’Âme est une des parties essentielles d’un système de Philosophie religieuse qui unit par une chaîne ininterrompue de rapports intellectuels le sauvage fétichiste au chrétien civilisé».


Tylor, Edward Burnett, 1832 - 1917
Anthropologue anglais, né à Londres, mort à Wellington (Somerset). E.B. Tylor, qui créa la chaire d’anthropologie d’Oxford, est le fondateur de l’anthropologie en tant que discipline scientifique autonome, que Fr.M. Müller surnommera «Mr Tylor’s science». Il en fut du reste le premier professeur, à Oxford, à partir de 1896. Dès le début de Primitive Culture (1871), premier traité d’anthropologie générale, Tylor définit la Culture comme «cet ensemble complexe comprenant le savoir, la Croyance, l’art, la morale, la loi, la coutume, et toute autre capacité ou habitude acquises par l’homme en tant que membre d’une société». Cette définition, qui fonde une vision moderne de la culture, permet à Tylor l’agnostique d’aborder les religions et les mythes comme autant de constructions intellectuelles, et non comme des sujets de croyance. Tylor ne s’intéresse au Folklore, aux Contes, aux Légendes et aux mythes que parce que ce sont «les plus précieux des conservatoires du passé». Il classe les mythes en «mythes purs» (relevant de la fiction) et «mythes d’observation» (nés de l’observation d’un fait).

Au passage, il égratigne sérieusement l’Interprétation des mythes telle que la pratique Fr.M. Müller : («Nulle Légende, nulle Allégorie, nulle berceuse n’est à l’abri de l’Herméneutique d’un théoricien de la mythologie») et s’en moque en donnant, d’une berceuse, une interprétation «Solaire» parodique. Ses Researches into the Early
History of Mankind and the Development of Civilization
 sont publiées en 1865 dans la même collection que
les Principles of Geology de Charles Lyell et que On the Origin of Species, de Charles Darwin : c’est assez dire l’importance de ce traité, mais cela le situe aussi dans une perspective «naturaliste» de la culture. Pourtant, Tylor est un développementaliste, partisan de la thèse de l’autonomie du développement culturel, lequel n’est lié ni à l’Évolutionnisme biologique, ni au transformisme de Ch. Darwin, ni à l’«évolutionnisme synthétique» de H. Spencer.
Dans ses Researches, Tylor dépouille quantité de récits de voyages, témoignages de missionnaires et rapports d’ethnologues, pour entreprendre une enquête étendue à de nombreuses populations : «Lorsque des arts, des
coutumes, des croyances ou des légendes semblables se trouvent dans des régions éloignées, chez des peuples qui n’appartiennent pas à la même famille — écrit-il — comment peut-on rendre compte de cette similarité ?» En essayant de répondre à cette question, il pratique une mythologie comparée, s’intéressant par exemple à l’Avalement d’un Personnage par un énorme poisson, c’est-à-dire à l’histoire de Jonas qu’il retrouve dans les mythes Čipewa, en Polynésie, en Inde ancienne. Selon lui, il n’y a que deux possibilités : lorsque des mythes aussi semblables se trouvent dans des régions aussi éloignées les unes des autres, soit il s’agit d’inventions parallèles produites par l’esprit humain dans des conditions semblables, soit c’est la preuve de
contacts directs ou indirects. Le but que se fixe Tylor étant d’établir une histoire générale des cultures, il transpose alors dans son propre domaine le principe d’«uniformitarisme» établi par Lyell en géologie (les phénomènes actuellement visibles — comme l’érosion, la sédimentation, etc. — ont toujours été à l’œuvre sur terre, et il n’y a donc pas lieu d’expliquer l’apparence actuelle de celle-ci par des phénomènes catastrophiques comme le Déluge). Tylor suppose donc, quant à lui, que le développement des cultures suit partout les mêmes lois, par suite de l’unicité du psychisme humain. Les conséquences de cette position sont triples et, selon Tylor : 1. le concept de race n’explique pas les différences culturelles, qui ne sont sous-tendues par aucune base biologique, et il faut donc rejeter la notion (alors communément répandue) selon laquelle ces différences seraient dues à un processus de dégénérescence survenu depuis une origine biblique commune ; 2. des traits culturels similaires représentent des étapes de développement homologues entre cultures ; et 3. à l’aide de méthodes proches de celles qu’utilisent les naturalistes, on peut donc retrouver comment se sont construits des éléments culturels tels que les mythes. Par exemple, on peut diviser le «genre» mythe en plusieurs «espèces» classables en fonction de leur objet (Soleil, Éclipses, etc.), et la mythologie devient alors une recherche de l’origine de ces espèces. De même, la recherche des Survivances comme preuve de l’évolution s’apparente à celle des «fossiles vivants», conception que son disciple, ami et successeur Marett proposera de remplacer par celle de Transvaluation. Mais pour l’heure, Tylor considère les diverses cultures comme autant d’étapes d’une lignée évolutive, et stipule que l’Animisme est à la base de toutes les religions. La notion de «progrès» en découle, qui devient la clé de voûte de son dernier livre, Anthropology (1881) : toutes les sociétés passeraient successivement par les trois stades de l’Animisme, du Polythéisme et du Monothéisme, position qui rompt avec l’idée, alors dominante, d’un gouffre infranchissable entre les religions des prétendus «primitifs» et celle des «civilisés».

Bien que la plupart de ses thèses soient maintenant abandonnées, la postérité intellectuelle de Tylor demeure importante : Primitive culture fut très rapidement traduit en allemand, français, russe, polonais, et influença profondément Frazer, mais ses continuateurs se trouvèrent surtout en Amérique, avant qu’un Boas ne fasse la critique de son emploi du Comparatisme. L’apport principal de Tylor, en tant que chef de file de l’École anthropologique, est d’avoir montré que les mythes ne peuvent se comprendre uniquement par l’analyse des textes, et qu’il convient de les replacer dans leur contexte ethnologique. Il s’est également élevé contre leur interprétation historiciste, en posant cet important point de méthode : «Le mythe nous retrace
l’histoire de ses auteurs et non des sujets qu’il traite» (1871: 482).


Frazer, James George (Sir), 1854 - 1941
Mythologue, folkloriste et anthropologue écossais né à Glasgow. Aîné de quatre enfants, fils de Katherine,
née Bogle, et de Daniel Frazer, un riche apothicaire auteur de travaux d’histoire régionale, il entre en 1869
à l’Université de Glasgow où il étudie le latin, le grec et la Rhétorique, mais aussi la physique avec Lord William
Thomson Kelvin. En 1874, il étudie à Cambridge, où un mémoire sur Platon lui vaut d’être élu Fellow du
Trinity College, en 1879. Pour satisfaire aux exigences paternelles, il part étudier le droit à Londres, après quoi
il retourne à Cambridge en 1882 pour reprendre ses études classiques, entreprenant alors de traduire Pausanias, auteur d’une géographie de la Grèce au IIe s. EC, extrêmement précieuse. Durant les six années suivantes, il voyage en Grèce pour préparer le commentaire de son édition de Pausanias — en six volumes ! — qui verra le jour en 1898 et qui reste encore actuellement une mine unique de données.
En 1896, il se marie avec Lilly Grove, une veuve française spécialiste de l’ethnologie de la danse, qui dédia
son existence à Frazer et contribua largement à faire connaître ses travaux en France, Allemagne et Italie.
En 1904, il étudie l’hébreu avec Robert H. Kennett et devient en 1910 professeur d’anthropologie sociale
à l’université de Liverpool, où il ne restera qu’un an, préférant vite retourner au calme de Cambridge. Il est
anobli en 1914, et devient alors «Sir James». En 1930, alors qu’il prononçait un discours au dîner annuel du
Royal Literary Fund, Sir James fut soudain frappé de cécité. Il n’en continua pas moins de rédiger ses
ouvrages en les dictant à des secrétaires, dont l’un, R.A. Downie, publiera une biographie de Sir James
en 1940. J.G. Frazer travailla jusqu’à sa mort en 1941, et son épouse «ne lui survécut que quelques heures»
(M. Aubert, 1941) ; tous deux reposent au St Giles’s Cemetery de Cambridge. Durant sa formation classique poussée, il avait découvert les travaux de Tylor et de W.E. Smith, qui l’incitèrent à se tourner vers l’étude des mythologies comparées. Bien que n’ayant lui-même que peu voyagé (uniquement en Europe), il avait acquis une connaissance universelle des faits ethnographiques, nourrie d’amples lectures accomplies dans sa bibliothèque personnelle et des réponses aux questionnaires qu’il adressait à de très nombreux
missionnaires, médecins et administrateurs établis partout dans l’Empire britannique, selon une méthode qui
avait déjà été celle de l’érudition anglaise du XIXe s., d’un Lang, d’un Tylor. à la demande de Smith, il rédige les
entrées «Tabou» et «Totémisme» de la neuvième édition de l’Encyclopaedia Britannica, mise en chantier
en 1875, mais la prolixité de Frazer est (déjà) telle que ce travail, trop volumineux, sera publié sous forme d’un
ouvrage séparé (1887), ultérieurement enrichi jusqu’à former les quatre volumes publiés en 1910 sous le titre
Totemism and Exogamy. À trente-six ans, Frazer livre ensuite le Rameau d’Or, oeuvre d’une érudition prodigieuse, au succès immédiat, par laquelle il acquiert une renommée internationale et qui, au fil des rééditions, passe de deux à douze volumes. Dans ses travaux, il met sa connaissance des langues et sa vaste culture ethnologique au service d’un évolutionnisme hérité de Tylor, et selon lequel les faits de folklore sont à considérer comme des survivances, des sortes de fossiles vivants susceptibles de témoigner d’étapes anciennes du développement religieux de l’humanité, laquelle passerait partout par les stades de la magie, de la religion — c’est dire que dans une discussion qui passionnait à l’époque, il place délibérément la magie à un stade antérieur à celui de la religion — et enfin de la science. La définition qu’il donne du mythe illustre cette conception:  «Par mythes, j’entends de mauvaises explications des phénomènes, qu’ils concernent la vie humaine ou la nature. De telles explications trouvent leur origine dans cette même curiosité instinctive pour les causes des choses qui, à un stade plus avancé de la connaissance, cherche à se satisfaire dans la Philosophie et la science, mais comme elles se fondent sur l’ignorance et l’incompréhension, elles sont toujours fausses, puisque si elles étaient justes, ce ne serait plus des mythes» (1921 : xxviixxxi). Critiquant, au début des années 1930, cette vue qui fait du mythe une fausse science, L. Wittgenstein (1982 : 20-21) a écrit qu’en la développant, «Frazer est beaucoup plus sauvage que la plupart de ses sauvages». Sir James estime par ailleurs qu’au cœur de la religion primitive se trouve la croyance en l’Esprit de la végétation,
qui meurt et ressuscite, et qui aurait été identifié en la personne du roi, sacrifié lorsque son règne arrivait
à son terme ou lorsque son pouvoir faiblissait. Bien que le comparatisme de J.G. Frazer ait été justement critiqué pour son absence de méthode, l’influence de son œuvre, qui fut prééminente à son époque, est toujours
importante auprès du grand public et des non-spécialistes, particulièrement en ce qui concerne le Rameau
d’Or, qui constitue une véritable bibliothèque de faits ethnologiques en provenance du monde entier ; mais
cette avalanche d’exemples, rassemblés par Frazer en les extrayant de leur contexte pour prouver ses thèses,
ne firent jamais que les illustrer lourdement. Aussi, dans son Histoire de l’Ethnologie classique, R. Lowie
(1971 : 95) assassine l’auteur en quelques lignes («c’est un érudit, non un penseur et, qui plus est, un érudit qui,
dans son empressement à assimiler les données descriptives, a quelque peu ignoré les grands progrès de
la théorie») pour, plus loin (1971 : 96-97), lui réserver néanmoins une place de choix «dans la littérature
anglaise et la pensée intellectuelle de l’Europe», justement à cause de cette même érudition, servie par un
style qui est «indubitablement une merveille dans le genre». À la charge de Frazer, il faut dire qu’il refusa
de lire Freud (lequel avait, quant à lui, puisé dans les écrits Frazeriens le matériau ethnographique dont il
avait besoin), et qu’il se méfiait — pour le moins — de l’école de Durkheim (B. Malinowski, 1970 : 154-155) ;
il faut bien reconnaître aussi que son ethnocentrisme le poussait à considérer avec une grande suffisance les
conceptions des «sauvages», et à les regarder au pire comme des spéculations irrationnelles et enfantines,
au mieux comme des «erreurs [que] nous nous devons de considérer […] avec indulgence» (cf. M. Douglas,
1992 : 43-45, 48). Dans l’introduction aux Esprits des blés et des bois il opposait civilisés et sauvages, parlant
même des caractères raciaux, liés à leur primitivité, de ces derniers ; puis constatant que des «croyances»
similaires à celles de ces «sauvages» avaient cours chez les paysans d’Angleterre, il en déduira, dans Baldr
le Magnifique
 (1931-1934, i : 528), que ces derniers sont des sauvages qui s’ignorent : «La vérité semble être
que le paysan, de nos jours encore, demeure au fond du coeur un païen et un sauvage ; sa civilisation ne constitue qu’un fin vernis qui s’écaille promptement aux heurts de la vie, pour laisser apparaître par-dessous un noyau massif de paganisme et de sauvagerie.» Concernant le totémisme, problème par lequel il avait commencé ses travaux et sur lequel il avait beaucoup écrit, Frazer eut cependant l’honnêteté de reconnaître qu’il s’était trompé, et il finit par affirmer (1910) que «le totémisme pur ne peut absolument pas être considéré comme une religion». Malinowski (1970 : 155) a donc finalement raison d’affirmer que Frazer, «plus que tout autre, a donné le goût et la connaissance du matériel ethnographique à une foule de pionniers, à des historiens, à des psychologues, à des philosophes».