A l'école de l'enquête : les propositions de L'Anthropologie pour tous pour une école plus libre, plus égalitaire et plus fraternelle en cliquant sur l'image ci-contre.

Voir aussi L'Ecole, laboratoire de la fraternité.

A LIRE : QUELQUES CONTRIBUTIONS A LA REFLEXION SUR L'ECOLE

 

Christophe Prochasson, "L'enseignement des valeurs républicaines est beaucoup trop abstrait", Télérama, 2 février 2015.

 

Jean-Paul Delahaye, "Grande pauvreté et réussite scolaire", rapport de mai 2015.

 

Bernard Lahire, entretien dans Télérama, 6 décembre 2015.

 

Catherine Robert, "L'enthousiasme est une obligation pédagogique", Libération, 8 janvier 2016.

 

Philippe Mérieu, "Enseigner quand même", Le Café pédagogique, 15 janvier 2016.

 

Alain Boissinot, "Quels enseignants pour demain ?", Les Echos, 26 janvier 2016.

Joëlle Cordesse, Apprendre et enseigner l'intelligence des langues

 

Joëlle Cordesse, Inclure ou exclure par les langues

Enseigner dans le 93, avec Véronique Decker

Dans un conte derviche sur l’origine du feu, attribuée à el-Bedavi, commentateur du Coran au XIIIe siècle, on trouve cette conclusion, qui motivera peut-être les anthropologues en herbe...

 

« Vous devez apprendre à enseigner, car les hommes ne veulent pas être instruits. Pour commencer, il vous faudra leur enseigner comment apprendre. Et avant cela, vous devrez leur enseigner qu'il y a encore quelque chose à apprendre. Ils imaginent être prêts à apprendre. Mais ils veulent apprendre ce qu'ils imaginent devoir apprendre, non ce qu’il leur faut apprendre d'abord. Quand vous aurez appris tout cela, alors vous pourrez élaborer les voies de votre enseignement. »

 

Voici le conte en entier, à lire parmi d'autres...

 

L'histoire du feu

 

Il était une fois un homme qui contemplait les opérations de la nature. À force d'attention et de concentration, il découvrit le moyen de faire du feu.

Nour, c'était son nom, décida de voyager de communauté en communauté pour faire connaître sa découverte. Il transmit le secret à de nombreuses tribus. Quelques-unes seulement en tirèrent parti. D'autres, se sentant menacées, le chassèrent avant d'avoir eu le temps de comprendre à quel point cette découverte aurait pu les aider. Pour finir, les membres d'une tribu devant lesquels il avait entrepris une démonstration furent pris de panique : ils se jetèrent sur lui et le tuèrent, convaincus d'avoir affaire à un démon.

Les siècles passèrent. La première des cinq tribus qui avaient appris l'art du feu en avait réservé le secret à ses prêtres. Ceux-ci exerçaient le pouvoir et vivaient dans l'aisance tandis que le peuple gelait. La deuxième tribu finit par oublier l'art de faire le feu et idolâtra les instruments. La troisième adorait une représentation de Nour, parce qu'il avait été son initiateur. La quatrième tribu garda l'histoire de l'homme qui avait fait du feu dans ses légendes; certains de ses membres les tenaient pour vraies, d'autres les rejetaient. Seuls les membres de la cinquième communauté se servaient effectivement du feu, pour se chauffer, cuire les aliments, fabriquer toutes espèces d'objets utiles. 

Les années passèrent. Un sage, accompagné de quelques disciples, visita les territoires des cinq tribus. Les disciples furent stupéfaits de la diversité des rites en usage dans les quatre premières.

"Toutes ces manières de procéder, dirent-ils au maître, se rapportent en réalité à l'allumage du feu, à rien d'autre. Nous devrions éduquer ces gens ! 

- Eh bien, dit le maître, nous allons parcourir de nouveau les territoires des cinq tribus. Ceux qui survivront sauront quel est le problème, et comment l'aborder."

Les voyageurs entrèrent en contact avec la première tribu. Ils furent accueillis chaleureusement. Les prêtres les invitèrent à assister à leur cérémonie religieuse, la cérémonie du feu. La foule était en état de grande excitation. Quand ce fut terminé, le maître se tourna vers ses disciples :

"Quelqu'un désire-t-il prendre la parole ?

- Pour la cause de la Vérité, je me sens contraint de dire quelque chose à ces gens, dit le premier disciple.

- Si tu veux le faire à tes risques et périls, je t'en accorde la permission", dit le maître.

Le disciple s'avança vers le chef de la tribu et ses prêtres :

"Je peux accomplir le miracle que vous prenez pour une manifestation spéciale de la divinité. Si j'y parviens, reconnaîtrez-vous que vous êtes dans l'erreur depuis longtemps ?

- Arrêtez cet homme !" crièrent les prêtres. On emmena le disciple, jamais il ne reparut.

Les voyageurs se rendirent alors dans le territoire voisin, où la deuxième tribu idolâtrait les instruments qui servaient à faire le feu. Là aussi, un disciple se proposa pour tenter de faire entendre raison à ses membres.

Ayant obtenu la permission du maître, il leur dit :

"Je sollicite la faveur de vous parler comme à des êtres raisonnables. Vous vénérez les moyens par lesquels quelque chose peut être accompli, même pas la chose en soi. Vous retardez ainsi l'avènement de son usage réel. Je connais la réalité qui est à la base de cette cérémonie."

Ceux-là étaient plus raisonnables. Ils n'en répondirent pas moins au disciple :

"En tant que voyageur et étranger, tu es le bienvenu parmi nous. Mais, puisque tu n'es pas des nôtres, que tu ignores tout de nos coutumes et de notre histoire, tu ne peux comprendre ce que nous faisons. Tu es dans l'erreur. Peut-être même essaies-tu de nous enlever nos croyances. En conséquence, nous refusons de t'écouter."

Les voyageurs poursuivirent leur chemin. Lorsqu'ils arrivèrent sur les terres de la troisième communauté, ils virent devant chaque maison une idole à l'image de Nour, le premier faiseur de feu. Un troisième disciple s'adressa aux anciens de la tribu :

"Cette idole représente un homme, qui représente une aptitude, qui peut être exercée.

- Peut-être bien, répliquèrent les adorateurs de Nour, mais il n'est donné qu'à un petit nombre de pénétrer le grand secret.

- Au petit nombre de ceux qui comprendront. Pas à ceux qui refusent de regarder en face certains faits, dit le troisième disciple.

- C'est là pure hérésie, proférée, qui plus est, par un homme qui ne parle même pas notre langue correctement, et n'exerce aucune fonction sacerdotale", grommelèrent les prêtres. Et le disciple dut s'en tenir là. Le groupe se remit en route et entra dans la région où vivait la quatrième tribu. Un quatrième disciple s'avança vers la foule assemblée.

"L'histoire du feu est une histoire vraie, et je sais comment faire du feu", dit-il simplement. Ces paroles semèrent le trouble dans la tribu, qui se divisa en plusieurs factions. 

"Peut-être dis-tu la vérité, reconnurent certains. En ce cas, explique-nous comment faire !"

Quand le maître et ses disciples les interrogèrent, il s'avéra que la majorité d'entre eux étaient avides d'exploiter ce savoir-faire à leur avantage et ne comprenaient pas que c'était un instrument du progrès de l'homme. Les légendes déformées avaient pénétré si profond dans l'esprit de la plupart que ceux qui pensaient qu'elles pourraient effectivement représenter la vérité étaient souvent des déséquilibrés qui n'auraient pas été capables de faire du feu même si on leur avait montré comment procéder.

Il se trouva une autre faction pour affirmer : "Ces légendes ne reposent évidemment sur rien. Cet homme essaie de nous berner, pour se faire une place parmi nous !"

"Nous préférons les légendes telles qu'elles sont, proclamait une troisième : elles cimentent notre cohésion. Si nous les abandonnons, et découvrons ensuite que cette nouvelle interprétation est sans valeur, qu'adviendra-t-il de notre communauté ?"

Il y avait encore bien d'autres points de vue.

Le groupe continua son voyage et atteignit enfin le territoire de la cinquième tribu : l'emploi du feu y était chose courante, et ses membres avaient d'autres problèmes à affronter. Le maître dit à ses disciples :

"Vous devez apprendre à enseigner, car les hommes ne veulent pas être instruits. Pour commencer, il vous faudra leur enseigner comment apprendre. Et avant cela, vous devrez leur enseigner qu'il y a encore quelque chose à apprendre. Ils imaginent être prêts à apprendre. Mais ils veulent apprendre ce qu'ils imaginent devoir apprendre, non ce qu'il leur faut apprendre d'abord. Quand vous aurez appris tout cela, alors vous pourrez élaborer les voies de votre enseignement. La connaissance sans l'aptitude à enseigner, ce n'est pas la même chose que la connaissance et l'aptitude."

Excellent plaidoyer pour l'enseignement des sciences sociales à l'école sur France Culture (Les nouvelles Vagues - Marie Richeux)

Stanislas Dehaene est ancien élève de l'École normale supérieure et docteur en psychologie cognitive. En septembre 2005, il a été nommé professeur au Collège de France, sur la chaire nouvellement créée de Psychologie Cognitive Expérimentale, après avoir occupé pendant près de dix ans la fonction de directeur de recherches à l'INSERM. Ses recherches visent à élucider les bases cérébrales des opérations les plus fondamentales du cerveau humain : lecture, calcul, raisonnement, prise de conscience. 

Comprendre comment l’éducation parvient à transformer le cerveau humain est l’un des grands problèmes ouverts en neurosciences cognitives, qui soulève de nombreuses questions passionnantes : comment les apprentissages scolaires (langues première et seconde, lecture, écriture, mathématiques) s’inscrivent-ils dans les circuits de notre cerveau ? Quels rôles respectifs jouent l’organisation précoce et la plasticité cérébrale dans ces modifications ? Pourquoi l’espèce humaine est-elle la seule qui parvienne à modifier ses représentations mentales et ses circuits cérébraux par le biais d’un enseignement explicite ? Les spécialistes de l’éducation, eux, attendent des sciences cognitives qu’elles les aident à répondre aux grands défis que pose l’éducation de masse au XXIe siècle : comment maximiser le potentiel de tous les enfants ? Quelles méthodes pédagogiques, quels principes d’organisation de la classe sont-ils les mieux à même de faciliter l’apprentissage pour tous, et ainsi de réduire les inégalités sociales qui sont particulièrement criantes dans notre pays ?

Les textes fondateurs du patrimoine pédagogique en cliquant ICI.

Pourquoi les enfants d’immigrés réussissent mieux à l’école que les autres

Article de Faïza Zerouala (Mediapart) sur le rapport du CNESCO (l'école française amplifie les inégalités)

La leçon de discrimination

Expérience canadienne : grands et petits

L'expérience originale : Brown eyes, blue eyes experiment

Jane Elliott est une activiste et éducatrice anti-raciste, féministe et LGBT américaine. D'abord enseignante au primaire, elle est connue pour son expérience "Yeux bleus - Yeux marron", qu'elle a initialement menée comme un exercice dans sa classe le lendemain de l'assassinat de Martin Luther King. Le journal local a ensuite publié les rédactions de ses élèves qui racontaient leur expérience et leurs réactions, positives ou négatives. Ceci a ensuite constitué la base de sa carrière d'intervenante publique contre les discriminations. La classe d'Elliott a été filmée la troisième fois qu'elle a mené cette expérience, avec une classe de CE2 en 1970, ce qui a donné le film The Eye of the Storm

La sociologie face aux neurosciences : l’enfant au cœur d’une bataille de disciplines : à écouter ICI

DMDM L' Emission 533 : Véronique Decker et Oscar Van Rompay

Véronique Decker : les noms du calendrier

Laurence De Cock 

L’école peut-elle produire une histoire émancipatrice ?

Célestin Freinet

Janusz Korszack

Edouard Claparède

Léon Tolstoï

Germaine Tortel

Maria Montessori

J. Heinrich Pestalozzi

Fernand Oury

Anton S. Makarenko

Joseph Jacotot

A lire :

Mathias Millet et Jean-Claude Croizet, 

L’école des incapables ? La maternelle, un apprentissage de la domination,

Paris, La Dispute, 2017.

A la découverte de l'enseignement mutuel

Jeanne Moreau lit Ah ! Ernesto

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Jean-Loïc Le Quellec, Une rhétorique mainstream cache les autres